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De Jaipur à Dehli

De Jaipur à Agra

Dsc00468Après une bonne heure de route, intéressante halte pour visiter une école de campagne. 120 élèves y suivent ce qui correspond chez nous à l'école primaire, taux d'absentéisme de 30%, grande cour et des salles pour chaque classe. Peu de moyens quand même, ni table ni chaise (par manque de moyens ou par tradition?), garçons et filles mélangés, toutes religions confondues, mais chants hindouistes appris en classe, de même que l'hymne national. Peut-être pourrait-on y envoyer en stage nos enfants pourris du football!  Les quelques billets que nous avons donnés en remerciement du temps qui nous a été consacré servira à acheter chaussures et matelas. 

A 35km au SO d'Agra, dans la plaine ocre et poudreuse, se dessine la cité moghole de Fatehpur Sikri, un temps capitale de l'empire moghol. Brillant stratège, fin politicien, amateur d'art, l'empereur Akbar (1556-1605) avait promis au derviche soufi Skeikh Salim, qui lui avait prédit la naissance de trois fils, de construire une nouvelle capitale qui associerait grandeur impériale et sainteté. En 1572, mosquée et palais furent terminés, mais en 1585, Akbar dut quitter Fatehpur pour défendre la frontière NO de son vaste empire. La nouvelle capitale fut abandonnée, après douze années seulement d'occupation. Les contemporains d'Akbar n'ont laissé aucun écrit sur Fatehpur, par manque de temps. Ce sont les archéologues et les historiens d'art qui ont redonné vie à ce site majestueux.

La grande mosquée - Jama Masjid - comparable par sa beauté à la Kaaba de La Mecque, fut achevée en 1571-1572, peu avant la mort du Sheikh Salim dont elle abrite la tombe. Très vaste, elle pouvait accueillir dix mille fidèles. 

 

P 20180305 160659 vhdr onPrès d'Agra, le magnifique mausolée de marbre blanc d'Itimad-ud-Daula abrite la tombe du noble persan Mirza Ghiyas Beg, qui reçut de Jahangir le titre d'Itimad-ud-Daula - pilier de l'Etat. Il fut érigé par sa fille, principale épouse de Jahangir, Nur Jahan. Le monument fait évidemment penser au Taj Mahal, que nous verrons le lendemain, mais aux dires du guide bleu, "son plan carré et ses dimensions plus modestes lui confèrent moins de grâce et de légèreté". Les murs sont habillés d'une marquetterie faite de vases, coupes et cyprès faits en morceaux d'agate et de marbres jaune et noir.
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Agra

On n'est plus alors dans le Rajasthan, mais dans l'état d'Uttar Pradesh. Comme Dehli et Fatehpur Sikri, Agra est une ancienne capitale moghole.

Le clou de la journée, peut-être pour certains du voyage, est la visite de l'emblématique Taj Mahal. On va y arriver paisiblement en calèche, puis à pied sur quelques centaines de mètres. La porte monumentale en grès ocre à laquelle on parvient laisse d'abord deviner le trésor tant désiré. Une première photo obligatoire, histoire de saliver un peu, quelques pas, et c'est le miracle. Pierre Loti l'a décrit en 1903, sans touristes sans doute et sans l'appareil photo qui empêche de regarder et de ressentir. On peut lire ce texte en cliquant ICI.

Le Taj Mahal est un monument musulman. Le brahmane extrêmiste qui dirige l'état de l'Uttar Pradesh ne voit pas d'un bon oeil la célébrité d'une construction de la religion ennemie. Aussi a-t-il fait retirer ce monument de la brochure touristique de l'Etat. Voir l'article du Monde d'octobre 2017 ICI.

Ce tombeau-jardin, dont l'idée était née en Iran, est un hymne à l'amour que portait l'empereur Shah Jahan à sa troisième épouse, Mumtaz Mahal, qui lui a gentiment donné quatorze enfants. Elle en mourra en 1631 à l'age de 35 ans. Les travaux du mausolée dureront 20 ans, occupant 25 000 ouvriers. Quand on aime, on ne compte pas !

Citons au moins le nom de l'architecte, à qui on doit aussi le fort Rouge de Dehli, Ustad Ahmad Lahori

Pressentant que nos pas précéderaient ceux d'un prestigieux couple français qui n'aurait pas la chance d'être conduit en calèche, nous n'avons pas manqué de semer le chemin de petits cailloux, afin qu'il ne s'égare pas sur les nombreux hectares qui composent le site.

Inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco tout comme son compère le Taj Mahal, le fort d'Agra, appelé aussi le palais Rouge, est le plus grand fort de l'Inde. Construit par l'empereur moghol Akbar qui voulait faire ici sa capitale, le palais fut terminé en 1573, après huit années de travaux employant 4000 personnes. Le style est hindou, le style moghol s'affirmera plus tard avec Shah Jahan.

Dehli

Même si la ville est baignée par les eaux saintes de la Yamuna, Dehli n'est pas une ville de tradition hindoue, mais un ensemble de capitales successives fondées par les conquérants de l'Inde du Nord, tous musulmans. Exception faite des britaniques évidemment, qui firent d'une ville entièrement nouvelle, New Dehli, la capitale de leurs possessions indiennes. P 20180307 084139 vhdr onApprochant les 20 millions d'habitants, plus que Calcutta et Mumbai, Dehli est le siège du gouvernement depuis 1947, et constitue aussi un pôle économique majeur. 

Qutb Minar est le plus haut minaret de l'Inde, 72 mètres. Il y avait là un temple hindouiste, qui a été transformé en mosquée au 12ème siècle. Tout juste arrivés en Inde, les musulmans voulurent marquer leur puissance et leur pouvoir, en entreprenant la construction de cette tour monumentale en 1199.

Humayun, second des empereurs moghols, mort en 1556, fut le premier à être inhumé en Inde. Sa veuve fit construire pour lui ce mausolée, qui pour la première fois reposait sur un socle, comme pour l'offrir à l'admiration des regards, entouré d'un jardin. La chambre centrale du mausolée est coiffée d'un dôme en marbre blanc. 

En route maintenant vers Jama Masjid, la plus grande mosquée du pays, située en plein coeur du bazar du vieux Dehli. Elle a été construite de 1650 à 1656 sur l'ordre de Shah Jahan.
Et quand on dit bazar, ce n'est pas un vain mot! Car pour approcher la mosquée, big bazar il y a!

On arrive dans la grande cour après une volée de marches. Une salle de prières s'ouvre sur la cour. Au-dessus, trois énormes dômes bulbeux en marbre blanc, côtelés de rainures noires, contrastent avec le grès rouge incrusté de marbre blanc du reste du monument.

Le quartier du vieux Dehli, essentiellement musulman, est spectaculaire par la vie et le grouillement des gens et ... des fils électriques. Ayons une pensée pour les électriciens de l'EDF locale qui ont à détecter le fil qui va mal !

Le Musée National apporte un peu de sérénité, avant d'aller voir le temple hindouiste de Birla Mandir, construit au XXème siècle.

La dernière visite sera pour le spectaculaire temple sikh Gurudwara Bangla Sahib. Nous irons pieds nus ou en chaussettes, au milieu des sikhs en prières et des visiteurs.

Le sikhisme
C'est une religion monothéiste fondée par Guru Nanak (1469-1539) dans le nord de l'Inde au 15ème siècle. La religion, pense-t-il, est un lien pour unir des hommes, mais dans la pratique il constate qu'elle monte les hommes les uns contre les autres, et est à l'origine de nombreuses discriminations : entre hommes et femmes, entre castes, entre religions, entre origines ethniques, etc. Il regrette en particulier l'antagonisme entre hindous et musulmans, quand lui voit la richesse commune de ces deux religions. Le pacifisme des sikhs ne les empêcha pas d'être martyrisés à plusieurs reprises, tant par les moghols que pendant les luttes pour l'indépendance.
Les sikhs croient en seul dieu créateur de l'univers, mais il n'y a pas de pêché originel.

Epilogue

Ainsi se termine ce voyage, très dense, trop dense, mais s'il ne l'avait pas été, on aurait rouspété. Nous avons vu énormément de choses, la plupart du temps trop vite, juste le temps du regard au travers le viseur de l'appareil. Mais c'est la loi du voyage organisé, prendre son temps n'y est pas l'objet.

L'Inde est un choc pour le non initié, on y cotoye le luxe suprême des palais et la pauvreté des quartiers environnants, comme si les seigneurs locaux qu'étaient les maharajas avaient amassé leurs colossales richesses en pressurant les peuples comme des citrons. C'est vrai dans tous les états du monde, partout pouvoir et richesses vont aux plus cupides et plus ambitieux, qui savent exploiter sans états d'ame les populations. Mais on a le sentiment qu'en Inde ça a été plus fort qu'ailleurs, et que dans les villes anciennes, une classe moyenne n'a pas réussi à percer avant les dernières décennies. Et la colonisation anglaise n'a pas aidé.

L'Inde est une vraie démocratie, la plus vaste du monde. Le taux de croissance est à deux chiffres, mais comme partout il s'accompagne de l'accroissement des inégalités. Le taux de scolarisation est de l'ordre de 75%, le système des castes a certes évolué, mais il s'est adapté à la modernité et reste bien vivace, la population reste largement rurale, avec des taux de natalité très élevés. Dans dix ans, l'Inde comptera plus d'habitants que la Chine, et se posera, avec encore plus d'acuité qu'aujourd'hui, la question de l'exode rural et du contrôle des naissances. Vivre à 25 sur une petite exploitation n'est pas l'avenir, et des millions de ruraux iront grossir des villes déjà singulièrement encombrées et polluées. 

La tolérance religieuse y est une tradition, lit-on. Les guerres de religion y ont pourtant été nombreuses, et à l'instar de ce qui se passe dans le monde, l'esprit de tolérance s'étiole par çi par là, au point qu'on aura vu un responsable hindouiste de l'état de l'Uttar Pradesh supprimer le Taj Mahal des guides touristiques officiels de la région, au prétexte que c'est un monument bâti par les musulmans. Depuis 2014, le parti nationaliste hindouiste a succédé au parti des Gandhi. Le premier ministre, Narendra Modi,  "travaille très bien" nous a dit et redit Ragu. Prenons-en acte. Il a fait ami ami avec Emmanuel Macron, qui dit quand même de lui en privé que "c'est un dur, un très dur". On est content parce qu'il achète à la France des avions Rafale et des sous-marins pour défendre ses 15 000 kilomètres de frontières, dont celles avec le Pakistan et la Chine (trois guerres depuis 1950!), et même des Centrales EPR qui font ou feront bientôt, peut-être, le bonheur des finlandais et des manchois ! Mais saura-t-il préserver l'unité de cette mosaïque d'états, de religions, de langues, de peuples, qu'est l'Inde, qui n'avait jamais existé en tant que telle avant 1947 ? Saura-t-il gérer le développement économique pour que l'accroissement des richesses profite au plus grand nombre, ce que le capitalisme débridé qui règne sur le monde depuis la chute du communisme ne sait guère faire? 40% des indiens vivent sous le seuil de pauvreté, la pollution dans les villes est insupportable, les ordures s'entassent dans les rues et sur les routes dans l'indifférence, des quartiers entiers sont délabrés. Les défis du pays sont immenses, et leur résolution n'est pas facilitée par la part de 30% que l'Etat consacre aux dépenses militaires dans son budget.

Mais pour l'heure, il nous reste des images plein la tête, et le souvenir d'un groupe sympathique, où tout le monde parlait avec tout le monde. Nous avons vu des belles choses, en empruntant bus, cyclo-pousse, touc-touc, éléphant, bateau, calèche, et même moto-taxi pour moi pour le retour vers Le Chesnay. Nous avons partagé repas, rhum, whisky et chansons, émerveillements. Chacun chez soi, nous partageons encore photos, vidéos, idées et pensées sur l'Inde. Ce n'est pas si fréquent. Peut-être est-cela le miracle de l'Inde ?

Groupe au taj mahal3

Les films

Rajasthan 3 de Jaipur à Dehli

 

Les films de Bernard P.

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