Ethiopie du nord

Un grand et vieux pays

Ethiopie, vaste pays de la corne de l'Afrique, grand comme deux fois la France, peuplé de 82 millions d'habitants composés de près de 80 peuples. La religion dominante est la religion chrétienne orthodoxe, 80% de la population, mais on trouve aussi des musulmans, des protestants, des catholiques, des animistes. Pour Emmanuel notre guide, la religion reste ici une affaire privée, et les conflits ne sont pas de mise.

L'Ethiopie est chrétienne depuis le 4ème siècle, ce qui en fait un des plus anciens pays chrétiens du monde. Mais l'Ethiopie, c'est aussi le berceau de l'humanité, c'est là où Lucy a habité il y a plus de trois millions d'années.

Pour les éthiopiens, l'Ethiopie est le pays de la reine de Saba, et Axoum aurait été sa capitale

Les historiens retiennent plutôt le Yémen, mais le récit national éthiopien est profondément lié à la reine légendaire. Le fils qu'elle aura de Salomon, Ménélik 1er, sera empereur, et avant de quitter le roi Salomon son père, il lui aurait dérobé l'arche d'alliance. Depuis cette date, l'arche serait en Ethiopie, plus précisément dans une petite chapelle située à Axoum, tout à côté de l'église Sainte-Marie-de-Sion. Un prêtre est chargé de la surveiller jour et nuit, et personne, pas même le patriarche, n'est autorisé à la voir. Personne n'a donc jamais vu l'arche, et son gardien, une fois élu, n'a plus le droit de sortir de la chapelle, ni d'avoir aucun contact. 

Mais l'arche, ou sa réplique, fait partie de toutes les fêtes populaires, notamment le Timkat, fête de l'Epiphanie, et la force du mythe de l'arche, ainsi que la descendance de Salomon, font des éthiopiens le nouveau peuple élu. 

J1 - Addis Abeba

2019 01 14 11 11 25Débarqués à l'aube après une nuit dans l'avion, nous rejoignons notre confortable hôtel Bellevue pour un rapide rafraichissement, avant de nous plonger dans les faubourgs de la capitale éthiopienne. Première impression mitigée, car c'est la pauvreté, avec des habitations proches de bidonvilles, qui nous apparaît. Mais c'est aussi l'Afrique, avec des gens partout qui marchent.

Notre première visite est pour le Musée National d'Ethiopie. C'est un musée vieillot, offrant une présentation totalement obsolète, et la panne de lumière du premier étage n'a pas aidé. Le point crucial d'intérêt est la célébrissine Lucy, australopithèque découverte en 1974, et qui aurait vécu là il y a 3,2 millions d'années. Le squelette original est en fait aux EU, ce n'est qu'une reproduction que le Musée présente. Dommage, l'Ethiopie mériterait de disposer de son ancêtre pour la présenter au monde.

Le déjeuner dans une vieille résidence d'Addis-Abeba nous a permis de commencer à nous familiariser avec la nourriture éthiopienne, riche en légumes, sauces riches en épices, galettes, le repas sera vegan, et de découvrir le cérémonial du café. Introduit par les arabes, d'où le nom d'arabica porté par le café, la confection du café est longue, et le breuvage est fort bon, avec des arômes de chocolat (que j'ai sans doute été le seul à déceler !).

La cathédrale qui renferme la tombe du dernier empereur Haïlé Sélassié sera écartée pour cause d'office interdisant la visite. A la place nous visiterons le mausolée bâti à la gloire de l'empereur Ménélik II (19ème s.), puis monterons en dehors de la ville pour profiter d'un panorama imprenable sur la capitale

cérémonial du café

vue sur Addis-Abeba

mausolée Ménélik II

faubourg

faubourg

J2 - Addis-Abeba - Bahar Dar et le Nil bleu

2019 01 15 12 45 00Envol à l'aube pour Bahar-Dar. Une jolie pagaïe à l'aéroport d'Addis-Abeba, et les birr versés à bon escient par notre guide éthiopien Emmanuel vont grandement faciliter l'embarquement.

Atterrissage à 9h, petit tour à l'hôtel pour déposer les valises, et départ pour une marche de deux heures vers le Nil bleu et ses sources. Il nous aura fallu avant parcourir en mini-bus 30 km de mauvaises pistes, en traversant des villages de paysans : maisons faites de poutres de papyrus et torchis, toits en tôle ondulée. Les villages sont denses, les habitants nombreux, la pauvreté est apparente, mais le travail et la solidarité villageoise se perçoivent. Partout des animaux, moutons, chêvres, vaches, zébus, ânes, et partout des cultures, céréales surtout. On laboure, on bat le blé comme chez nous au Moyen-Âge. 

Beau spectacle que ces chutes, qui en période de pleines eaux s'étalent sur une longueur de 400 mètres. Au retour, petite bravade pour franchir un pont suspendu (à droite).

 

L'après-midi, une manifestation étudiante a entraîné la fermeture du marché qui était prévu à la visite. A la place, nous avons quitté la ville pour les hauteurs et le panorama sur la ville et le Nil bleu. Des jeunes mariés avaient eu la même idée.

L'hébergement retenu était un sympathique lodge à l'écart de la ville. Chambres agréables, mais sans eau chaude.

J3 - Îles du lac Tana - Gondar

Matinée réservée à une balade sur le lac Tana et la visite de deux monastères situés sur la presqu'île. Situé à 1840m d'altitude, le lac Tana a une longueur de 85 km et une largeur de 65 km. Il compte trente îles et 38 monastères, dont certains sont fermés aux femmes. 

Nous visitons deux monastères, Betremarian  et Azewa Mariam Monastery, situés sur la côte. Durant la promenade sur le lac, nous voyons plusieurs pêcheurs solitaires sur leurs barques en papyrus, et sommes approchés par une troupe de joyeux pélicans.

Un bon resto nous attendait pour le déjeuner, pleine vue sur le lac et le meilleur poisson que nous ayons mangé du séjour, en papillotte. 

Après le déjeuner, route (180km) vers la cité royale de Gondar. Nous visitons en cours de route la communauté d'Aramba, créée en 1972 par un personnage hors du commun, toujours à la tête de sa communauté qui regroupe aujourd'hui 500 personnes. C'est une société qu'on peut dire inspirée des utopistes français du XIX ème s., fondée sur le principe du partage et de la prévalence de l'intérêt de la communauté sur l'intérêt individuel. On travaille, cultive, fabrique des écharpes et des vêtements. 10% du temps travaillé est personnel, le reste est pour la communauté. 

J4 - Cité royale de Gondar

Au 15ème s., les rois d'Ethiopie sont bousculés par les arabes. Ils résistent tant bien que mal, sauvés par les portugais qui tentent d'introduire le catholicisme en Ethiopie. En 1632, sous le règne de Fasilades, Gondar devient la capitale du royaume, à la place d'Axoum.

La cité impériale de Gondar renferme plusieurs châteaux, quatre rois successifs construisant leur propre château.

Après la cité, nous visitons le marché, très important et très diversifié: vêtements, épices, caoutchouc, forgerons ... 

Le palais d'été est entouré d'eau, et les cérémonies du Timkat y terminent les processions.

La journée se termine par la visite de l'église fortifiée de Debré Bihran Sélassié, bâtie au sommet d'une colline au début du XIXème s. De belles peintures l'habillent, dont une Vierge de style byzantin, et différents tableaux qui racontent des épisodes de la vie de Jésus.

J5 - Gondar - Parc National du Simien

Départ le matin pour 100 km de route vers le parc National du Simien. Le long de la route, des gens, toujours des gens, qui surgissent de partout et nulle part. Dans les champs, on élève et on cultive, ça a l'air sec, mais tout est cultivé et beaucoup de champs sont en terrasse. Des petits villages partout, des maisons petites et sommaires.

L'après-midi, montée en bus à 3360m, et petite marche de 2 heures dans la montagne, en descente, encadrée par deux miliciens armés. On aura vu un grand troupeau de babouins, les fameux "geladas", babouins au coeur sanglant, totalement inoffensifs, qui nous aura laissé le traverser et largement photographier.

Le Parc National du Simien est inscrit au patrimoine mondial. Un grand nombre de ses sommets dépassent 4000 mètres, le plus élevé, la montagne Ras Dejen, culmine à 4543 mètres.

J6 - Parc National du Simien - Axoum

Il a fallu toute la journée pour parcourir les 280 kilomètres du parcours. Beaucoup de pistes, beaucoup de dénivelé aussi, nous aurons plusieurs fois monté et descendu 1000 mètres de dénivelé. Autant dire que la route était somptueuse, permettant de nombreux arrêts photos.

Ce jour est celui de la fête de l'épiphanie, le Timkat, l'une des grandes fêtes religieuses du pays (ci-contre). Impossible de traverser un village sans s'arrêter. Qu'on le veuille ou non, mais nous le voulions, nous avons eu nos minutes de participation à cette manifestation joyeuse et bon enfant.

La route passe d'abord par les massifs du Simien, puis du Tsellemti. On quitte alors la région Amhara pour celle du Tigré.

Nous arrivons à Axoum en fin d'après-midi. Un cortège en l'honneur de deux jeunes mariés, et on s'arrête pour les traditionnelles photos. Ils sont jeunes, ils sont beaux, la joie explose, de quoi émouvoir une troupe de vieux voyageurs occidentaux !

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Fête du Timkat

La fête est connue pour être la reconstitution rituelle du baptème de Jésus dans les eaux du Jourdain. Durant ces cérémonies, présentes dans toutes les villes et villages, les répliques de l'arche d'alliance sont sorties des églises pour être montrées à la foule. Elles sont cependant couvertes de tissus. Le cortège, chantant et dansant, se dirige vers un cours d'eau. Vers deux heures du matin, une liturgie est célébrée, puis l'eau est bénite, la foule est arrosée, certaines personnes se mouillent entièrement, symbolisant le renouvellement des voeux du baptème. En fin de matinée, les arches sont ramenées vers les églises, les gens retournent chez eux. 

J7 - Axoum

Axoum est une de ces cités chargées d'histoire. Cette ville du Tigré est selon les éthiopiens la capitale du royaume antique de la reine de Saba. Ainsi, selon la légende, Axoum serait le sanctuaire détenteur de l'Arche d'Alliance, coffret en bois recouvert d'or qui contient les Tables de la Loi, reçues de Dieu par Moïse, qui les auraient gravées sur une pierre.

La journée commence par la visite de stèles monolythiques et de tombeaux de rois, dont la plus haute, brisée en trois morceaux, s'élevait à 33 mètres de hauteur. On ne sait pas quand elle est tombée, certains supposent qu'elle a pu s'effondrer au moment de son érection.
2019 01 20 11 45 35La stèle de Rome est haute de 24 mètres. Mussolini avait décidé son déménagement à Rome, et après un périple agité, elle est dressée le 31 octobre 1937 sur la place Porta Capena. Après de longues négociations, la stèle est rendue aux éthiopiens. Elle se dresse de nouveau depuis 2008 en Ethiopie. 

Ces stèles géantes sont ornées sur le devant et sur le côté de décorations qui représentent une maison de plusieurs étages, avec une porte à serrure et des rangées de fenêtres avec cadres. 300 stèles sont dénombrées.

L'église Sainte-Marie-de-Sion est récente. Elle est le fruit de la volonté d'Haïlé Sélassié, qui l'a faite construire pour se faire pardonner de ne s'être pas fait sacrer empereur à Axoum. Il faut dire qu'il n'était pas directement issu de la lignée royale, ceci expliquant cela. Plus que la visite de l'église proprement dite, l'attention est attirée par une chapelle située à quelques mètres, dans l'enclos d'un monastère réservé exclusivement aux hommes.

La chapelle (ci-contre) est celle qui est censée abriter l'Arche d'Alliance. Nul n'a le droit d'y entrer ni le droit de voir l'Arche, pas même l'Aboune de l'église éthiopienne, car, selon la croyance, elle deviendrait aussitôt invisible. Un moine, élu gardien à vie, vit à l'intérieur de la chapelle, sans jamais en sortir !

la stèle de Rome

plus haute stèle (33m)

des tapis

église Ste Marie de Sion

intérieur de l'église

A 500m après la sortie de la ville, on trouve parmi les céréales un champ d'une centaine de stèles, qui marque l'ancien cimetière dit "de Gudit".

De l'autre côté de la route, on visite les ruines d'un édifice de l'époque axoumite datant de la fin du VIème s. après J.C. Appelé "Dongour", cet édifice constitue le plus important exemple d'architecture axoumite mis à jour sur le territoire éthiopien. Emmanuel, notre guide, nous l'a présenté comme étant le palais de la reine de Saba !

Tout près, un grand réservoir d'eau remonte au temps le plus ancien de la colonisation sémitique. Il est connu sous le nom de "piscine de la reine de Saba".

"piscine de la reine de Saba"

palais Dongour

champ de stèles

produits locaux

J8 - Axoum - Adigrat

2019 01 21 11 02 57150 kilomètres d'une route superbe et spectaculaire.

Le premier arrêt est improvisé, ce sera la visite d'une ferme. Le couple sera remercié de quelques birr, bien entendu, mais l'accueil sera chaleureux et la visite intéressante. La maison est en dure, une pièce principale d'une dizaine de m², avec des alcôves contenant les lits. Le four en pierre est dans la cour. Certains achèteront du miel, pas trop cher par rapport à nos prix européens. Mais le goût de fumée qu'il dégage n'est pas agréable. La ruche est dans le mur même de la maison, et pour évacuer les abeilles lors du ramassage du miel, on enfume la ruche. Il en reste ce goût de fumée, déplaisant selon moi et quelques uns.

 

 

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A 50 km au NE d'Axoum, le village de Yéha renferme en son centre un ensemble de monuments entouré d'une enceinte fortifiée, parmi les plus intéressants d'Ethiopie.

D'abord une petite construction à l'entrée sert d'entrepôt, de sacristie et de musée. Dans la poussière et le désordre, gisent des manuscrits anciens, des croix antiques, et autres objets témoins du passé de l'Ethiopie.

Au centre, s'élève l'église dédiée à Abba Afsé, un des neuf saints syriens probablement originaire d'Edesse. 

Sur la droite, on découvre l'imposante ruine d'un temple de l'époque pré-axoumite (7ème s. avant JC). Cette construction d'influence sud-arabique remonte à la période sabéenne. Au 6ème siècle de notre ére, le temple fut transformé en église, comme en témoignent les restes d'un baptistère.

Plus loin, dans la campagne, on assiste au battage du blé, comme avant, des boeufs et des ânes tournant sans relâche. 

 

J9 - d'Adigrat à Maqalè

Beaucoup de route encore, 220 kilomètres, à travers montagnes et pistes. 

A près de 60 kilomètres, arrêt dans la ville d'Hawzien pour la visite de deux églises:

- L'église rupestre Georges Mykado a été bâtie au 5ème siècle avant JC pour un culte paien. Elle a été reconvertie en église chrétienne au 4ème ou 5ème siècle après JC.

- L'église d'Abreha et Atsbeha, aussi appelée Debra Negast, est encastrée dans une falaise de grès rouge dominant une large vallée parsemée de gigantesques sycomores et entourée au loin de plusieurs pics montagneux. On atteint le portail du monastère par un large escalier de pierre. Elle est de type semi-monolithique, précédée par un vestibule taillé dans la masse dans sa partie la plus basse. Dans l'église, une quarantaine de peintures évoquent la vie de Marie, de la Sainte Famille, le martyre de saint Etienne, de saint Paul et saint Jacques, le pacte de miséricorde entre Jésus et Marie.

La dernière église visitée est l'église semi-monolithique de Quirqos. L'intérieur recèle des restes de fresques représentant les quatre évangélistes et d'autres saints.

 

 

chaîne de Garalta

 

 

église Georges Mykado

table de sacrifice

monastère d'Abreha et Atsbeha

église de Quirqos

J10 - de Maqualè à Lalibela

Très longue route pour rejoindre la célébrissime Lalibela, clou de ce périple éthiopien. Montagne sans arrêt, on monte et on descend, pistes plus souvent que routes, toujours entre 2 et 3000 mètres d'altitude. On aura vu des zébus, des dromadaires, bu un bon café à Alamata, cru que le bus ne franchirait pas les obstacles, mais si, toujours il est passé.

 

 

J11 & 12 - Lalibela

Parfois appelée "la huitième merveille du monde", Lalibela est un site bouleversant situé au coeur du plateau éthiopien dans la région Amhara, noyau historique du royaume chrétien d'Abyssinie. 

La ville tient son nom de l'empereur éponyme qui prend le pouvoir à la fin du 12ème siècle. A cette date, Saladin a repris Jérusalem et les reliques de la Vraie Croix disparaissent. La ville s'appelait alors Roha, elle ne prendra le nom de son empereur que plus tard. Les Zagoué, dont Lalibela était le chef, tentèrent de créer à Roha une nouvelle Axoum, et peut-être aussi une nouvelle Jérusalem, en un temps où l'accès à la Terre Sainte était périlleux. Une douzaine d'églises sortirent ainsi du rocher, destinées à asseoir le prestige de l'empereur et son engagement aux côtés de l'église éthiopienne.

Visite de l'ensemble des onze églises monolithiques de style architectural unique, construites au 12 ème siècle et taillées à même le granit rose. Elles sont classées au Patrimoine Mondial de l'Unesco.

Le lendemain, visite de l'église-cave de Yemrehanna Krestos, à 42 km de Lalibela, très renommée, construite d'ardoises. Grande procession l'après-midi. Et le soir, restaurant-spectacle improvisé.

 

J13 - Envol vers Addis-Abeba puis vers Paris

Départ à l'aube pour la capitale. Si on avait vu à notre arrivée des quartiers périphériques et pauvres, on verra cette fois des grandes artères modernes, avec comme toujours et partout beaucoup d'immeubles en construction.

Un nouveau restaurant-spectacle a clôturé notre séjour, et envol vers Paris à minuit.

 

Le film (50')

 

 

 

film éthiopie